~ Le Miroir des Âmes Changées, ou La Balade des Métamorphoses ~

~ La Tente Pourpre des Terres d’Avairen ~

Il est dit, dans les chroniques oubliées « Le Miroir des Âmes Changées » de l’Ouest Fol, qu’au détour du huitième bosquet du jardin d’Eredan, là où le feuillage se fait si dense que la lumière s’y agenouille, surgit parfois, aux heures suspendues du crépuscule, une tente pourpre aux franges d’or.

Nul ne sait qui la dresse, ni qui la réclama — car elle n’est point plantée, mais apparaîtrait par elle seule, au gré du vent, des soupires, des prières. Sa toile de velours semble tissée dans le sillage même des anciennes senteurs vespérales, et le galon qui l’orne, plus vieux que la couronne d’Uther, fut jadis cousu par Maelduin d’Avairen, dont l’aiguille d’argent ne connaît pas le mensonge.

On dit qu’elle est le sanctuaire des âmes égarées — une porte entre les mondes.

Ceux qui franchissent son seuil n’en ressortent jamais avec le même cœur. Car à l’intérieur, ce n’est point un abri que l’on trouve, mais une mémoire : celle d’un amour juré, d’un combat trahi, d’un roi tombé.

Il est conté qu’Yvain y dormit trois nuits et trois jours, sans rêve ni souffle, et qu’à son réveil, il parlait une langue qu’aucun homme n’entendit, sauf un vieux corbeau perché non loin, qui pleura.

Les enfants des fées disent encore que la tente pourpre n’est pas une tente, mais un miroir retourné. Que ceux qui la cherchent trop longtemps finissent par s’y confondre pour l’éternité et ceux qui la trouve portent en eux le fardeau de la vérité de Maeron. 

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